2 April 2018

Paul Cézanne's Prayer

Henri de Régnier, "La Prière de Paul Cézanne," Vestigia Flammae (Paris: Mercure de France, 1921), pp. 223-224 (my translation):
Lord of light, air, and cloud,
You to Whom I have called so often,
Look on the hard and weary features of my poor face,
The mouth beneath the beard and the stubborn forehead;

Consider the eyes which have gazed on things
With such determination to know the truth of them,
And see these hands, gnarled and weakened
By the painful effort of their sincerity;

And now, Lord, in Your mercy,
Hear me and let me be, tomorrow, by Your grace,
The faithful servant whom the master grants
A simple tomb in a corner of the garden.

I have spent long days in honest labour,
And I made the most of the little I received.
No deceit ever soiled my palette,
And my eyes never betrayed what they saw.

Others sought tumult and glory,
But I only wanted the humble laurel
Whose leaves, almost black, grow somberly
At the doorstep of the true artist and good workman.

And this is why, Lord, having lived my life,
To the moment of my death, in the place were I was born,
I offer You these bright eyes in a poor face,
And this forehead, and these hands, and this willful stare.

Accept them, and take also these round apples,
These grapes, and these fruits which I painted as best as I was able,
For to me their contour was the shape of the world
And all eternal light is in them.

Paul Cézanne, Nature morte au crâne (c. 1897)

Seigneur de la clarté, de l’air et du nuage,
Toi vers qui si souvent mon appel s’est tourné,
Vois les traits durs et las de mon pauvre visage,
Sa bouche sous la barbe et son front obstiné ;

Considère ces yeux qui fixèrent les choses
Avec un tel désir de voir leur vérité
Et regarde ces mains noueuses, et moroses
Du douloureux effort de leur sincérité ;

Et maintenant, Seigneur, en ta miséricorde,
Ecoute et que je sois, par ta grâce, demain,
Le serviteur fidèle à qui le maître accorde
Une tombe rustique en un coin du jardin.

J’ai passé de longs jours en un labeur honnête
Et j’ai tiré parti du peu que j’ai reçu,
Nulle fraude jamais n’a souillé ma palette
Et mes yeux n’ont jamais menti ce qu’ils ont vu ;

D’autres ont recherché le tumulte et la gloire,
Mais moi je n’ai voulu que cet humble laurier
Qui pousse sobrement sa feuille presque noire
Au seuil du probe artiste et du bon ouvrier,

Et c’est pourquoi, Seigneur, ayant vécu mon âge,
Au moment de mourir aux lieux où je suis né,
Je t’offre ces yeux clairs en un pauvre visage
Et ce front et ces mains et cet œil obstiné.

Accepte-les et prends aussi ces pommes rondes,
Ces grappes et ces fruits que j’ai peints de mon mieux,
Car leur contour pour moi fut la forme du monde
Et toute la lumière éternelle est en eux.