13 February 2013

It Would Have Been Better So

Anatole France, The Garden of Epicurus, tr. Alfred Allinson (London: John Lane, 1908), pp. 47-48:
If I had created man and woman, I should have framed them on a type widely different from that which has actually prevailed, that of the higher mammifers. I should have made men and women, not to resemble the great apes as they do, but on the model of the insects which, after a lifetime as caterpillars, change into butterflies and for the brief final term of their existence have no other thought but to love and be lovely. I should have set youth at the end of the human span. Some insects, in their last metamorphosis, have wings and no stomach. They are reborn in this purified form only to love an hour and die. 
If I were a god, or rather a demiurge — for the Alexandrine philosophers teach that these minor works of creation are rather the business of the demiurge or simply of some journeyman demon, — well, if I were demiurge or demon, it is these insects I should have chosen as models whereon to fashion mankind. I should have preferred man to accomplish, like them, in the preliminary larva stage the disgusting functions necessary to nutrition. In this phase, the sexes would not have been distinguished, and hunger would not have degraded love. Then I should have so arranged that, in a final metamorphosis, man and woman, unfurling glittering wings, lived awhile on dew and desire and died in a rapturous kiss. Thus I should have added love as crown and recompense of their mortal existence. Yes, it would have been better so. However, I did not make the world, and the demiurge who undertook the task did not take advice from me. I have my doubts, between you and me, if he ever consulted the philosophers and men of parts at all. 

The original:
Si j'avais créé l'homme et la femme, je les aurais formés sur un type très différent de celui qui a prévalu et qui est celui des mammifères supérieurs. J'aurais fait les hommes et les femmes, non point à la ressemblance des grands singes comme ils sont en effet, mais à l'image des insectes qui, après avoir vécu chenilles, se transforment en papillons et n'ont, au terme de leur vie, d'autre souci que d'aimer et d'être beaux. J'aurais mis la jeunesse à la fin de l'existence humaine. Certains insectes ont, dans leur dernière métamorphose, des ailes et pas d'estomac. Ils ne renaissent sous cette forme épurée que pour aimer une heure et mourir.
Si j'étais un dieu, ou plutôt un démiurge, — car la philosophie alexandrine nous enseigne que ces minimes ouvrages sont plutôt l'affaire du démiurge, ou simplement de quelque démon constructeur, — si donc j'étais démiurge ou démon, ce sont ces insectes que j'aurais pris pour modèles de l'homme. J'aurais voulu que, comme eux, l'homme accomplît d'abord, à l'état de larve, les travaux dégoûtants par lesquels il se nourrit. En cette phase, il n'y aurait point eu de sexes, et la faim n'aurait point avili l'amour. Puis j'aurais fait en sorte que, dans une transformation dernière, l'homme et la femme, déployant des ailes étincelantes, vécussent de rosée et de désir et mourussent dans un baiser. J'aurais de la sorte donné à leur existence mortelle l'amour en récompense et pour couronne. Et cela aurait été mieux ainsi. Mais je n'ai pas créé le monde, et le démiurge qui s'en est chargé n'a pas pris mes avis. Je doute, entre nous, qu'il ait consulté les philosophes et les gens d'esprit.